Le Cinéma

On dit souvent que vos romans ont des aspects très cinématographiques. Qu'en pensez-vous ?

Le cinéma étant l'une de mes grandes sources d'inspiration, c'est presque naturellement que la construction de mes livres ressemble à celle de certains films.

Je fais partie de la génération magnétoscope : celle qui a découvert les films non pas dans les ciné-clubs mais directement sur le petit écran avec la possibilité de passer et repasser la même scène, autrement dit, la possibilité de « déconstruire » le film et d'en assimiler plus facilement les fondations et les techniques. Je suis certain que cela a eu une influence sur ma façon d'écrire, avec un côté visuel, une structure très découpée et une tension qui court tout au long de l'histoire.

Autre source d'inspiration majeure depuis une quinzaine d'années, les séries télévisées anglo-saxonnes de qualité : Six Feet Under, LOST, The Sopranos, MI5, 24, Heures Chrono, The West Wing, Mad Men, The Wire… C'est là que se trouvent aujourd'hui les narrations les plus innovantes, les sujets les moins formatés et les auteurs les plus inspirés.

N'avez-vous pas peur de vous sentir trahi par le passage à l'écran de vos livres ? Comment avez-vous trouvé l'adaptation cinématographique de Et après… ?

C'est un risque en effet. On a tous en tête des exemples de livres que l'on a appréciés et qui ont débouché sur de gros navets, comme par exemple… non, ne citons pas de titres, il y en a trop !

Il reste que c'est une chance inouïe d'avoir un film tiré d'un de ses livres. Que les producteurs se bousculent pour adapter vos œuvres est bien la preuve de la solidité de votre histoire et de la force de vos personnages.

L’adaptation cinématographique de Et après… était visuellement magnifique et le casting – John Malkovich, Romain Duris, Evangeline Lilly…- à la hauteur de mes attentes. Après, je sais que certains lecteurs ont trouvé le rythme du film un peu lent et sa tonalité beaucoup plus sombre que le roman…

Pensez-vous déjà à une éventuelle adaptation au cinéma lorsque vous écrivez ?

Non, pas du tout. Même si mon écriture est souvent très visuelle, mon territoire est celui du roman. Mon moyen d’expression, ce sont les mots et les phrases. La mise en scène est un autre mode d’expression…

Avez-vous déjà pensé à écrire un scénario directement pour le cinéma ou la télévision ?

En tout cas, je suis très souvent sollicité pour le faire, même si, jusqu'à présent, j'ai toujours refusé. Comme le dit Jean-Christophe Grangé : « Quand on écrit, on peut faire tout ce qu'on veut alors qu'au cinéma il n'y a que des contraintes. »

De plus, en France – contrairement aux États-Unis – le statut de scénariste est dévalorisé au profit de « l'auteur réalisateur ». La part consacrée à l'écriture ne représente qu’une faible partie du budget d'un film par rapport à ce qui se fait outre-Atlantique. D'où le nombre important de films français aux scénarios bâclés et nombrilistes.

Néanmoins, il n'est pas exclu que je franchisse un jour le pas. À condition d'être convaincu que le traitement de l'histoire serait davantage adapté à l'écran qu'à l'écrit. Et à condition de trouver des gens compétents et ambitieux avec qui travailler.

Le Succès

Vous êtes l'un des romanciers les plus lus en France. Quel regard portez-vous sur le succès de vos livres ?

J’en éprouve de la satisfaction et de la fierté parce que, même si l’écriture n’est bien évidemment pas une compétition, le succès valide d’une certaine façon votre travail.

La plus grande fierté, c’est d’être arrivé à ce résultat en n’appartenant aucunement au sérail de l’édition. À l’âge de 23 ans, lorsque j’ai commencé à envoyer mes manuscrits pas la poste à des éditeurs, je ne connaissais personne dans le milieu, pas de journaliste, je n’étais pas parisien, je n’étais recommandé par personne.

Au vu de votre succès, on dit parfois que vous êtes un auteur « populaire ». Vous reconnaissez-vous dans cette qualification ?

Ce qui est rassurant dans mon cas, c’est que je n’ai jamais voulu être populaire à tout prix. L’engouement autour de mes romans me laisse donc toute ma liberté, elle ne m’oblige à faire aucune concession.

Mais c’est vrai que rien n'est plus gratifiant pour moi que de voir des gens lire mes romans dans le métro ou dans le bus. La littérature populaire – celle d'Agatha Christie, de Barjavel et de Stephen King… – est celle qui, adolescent, m'a donné le goût de la lecture. C'est celle des raconteurs d'histoires et du plaisir de lire. Je n'ai donc aucun complexe à être un auteur « populaire », et j'en tire plutôt une grande fierté…

Chaque fois que je rencontre mes lecteurs lors des séances de dédicaces, je suis surpris par leur diversité : des lecteurs de tous les âges et de tous les sexes, mais plus particulièrement un lectorat de jeunes adultes et d'adolescents. C'est peut-être ce qui m'a le plus étonné : parvenir à toucher une génération réputée préférer les jeux vidéos et les BD à la lecture.

Comment expliquez-vous votre succès ?

On est toujours le plus mal placé pour expliquer son propre succès, mais je suis assez d’accord avec Bernard de Fallois lorsqu’il affirme que « la première qualité d’un romancier est de savoir captiver le public ». J’ai toujours désiré écrire des romans où le lecteur se retrouve happé par une histoire au point de ne plus pouvoir poser le livre qu’il est en train de lire.

Pour moi, le suspense est vraiment capital. Je me fais donc un devoir d'invention permanente. J'aime que l'histoire raconte quelque chose d'original. J'aime que chaque page en appelle une autre et que chaque fin de chapitre donne envie de lire le suivant.

Je veux aussi que l'on vibre et que l’on vive avec les personnages. D’où un travail pour construire des personnages complexes qui ne soient pas unidimensionnels et qui ne soient pas des super-héros.

Enfin, j’essaie toujours de construire mes romans à deux niveaux de lecture : un premier où on se laisse porter par l’histoire par le suspense, l’ambiance et le plaisir de tourner les pages et un second où j’essaie d’introduire davantage de réflexion et de traiter certaines thématiques.

Vous avez écrit treize romans, tous de grands succès, avez-vous des méthodes, des recettes ?

Il y a d’autant moins de recettes que, un peu comme un peintre, j’ai enchaîné plusieurs périodes et que, ces trois dernières années, j’ai connu mes plus grands succès avec des livres qui ne ressemblaient pas à ce que je pouvais écrire avant. Mon lectorat a aussi évolué et j’ai gagné des nouveaux lecteurs, qui ne me lisaient pas auparavant parce qu’ils avaient une image fausse et déformée de mon travail.

Pour tout dire, je fuis comme la peste toute idée de « recette ». Les lecteurs et le public sont aujourd’hui très familiarisés avec la fiction, parce qu’ils en consomment beaucoup, que ce soit à travers les romans, les films, les séries télé.

Plus que d’être confortés dans quelque chose qu’ils connaissent par cœur, je pense que les lecteurs demandent surtout à être surpris, à la fois par des modes de narrations originaux et par des histoires dans lesquelles ne flotte pas le parfum du « déjà-lu ».

Les Romans

Quelles sont vos préférences littéraires ?

En poésie, Aragon et Apollinaire.

Dans le domaine du roman, j'aime des livres plus que des auteurs.

Parmi les classiques : Belle du Seigneur d'Albert Cohen, L'Insoutenable Légèreté de l'être de Milan Kundera, Le Hussard sur le toit, de Jean Giono.

Chez les romanciers américains contemporains : Human Stain de Philip Roth, Bag of Bones de Stephen King - dont j'admire la capacité à faire surgir l'angoisse dans le quotidien -, Le Liseur de Bernhard Schlink, Mystic River de Dennis Lehane, An Instance of the Fingerpost de Iain Pears, Atonement de Ian McEwan, Gone Girl de Gillian Flynn…

Chez les auteurs français, je suis un vrai fan de Jean-Christophe Grangé pour la fièvre qui imprègne toutes ses pages, et de Tonino Benacquista pour l'humanité de ses personnages.

Pourquoi une grande partie de l'action de vos romans se déroule-t-elle aux États-Unis ?

Il n'y a pas de fascination particulière de ma part pour le modèle américain. J'habite en France et c'est un pays que j'aime, mais il est vrai que beaucoup de mes histoires se passent à New York.

Situer mes histoires aux États-Unis me permet d’abord de mettre une distance entre mon histoire et moi. Une distance qui m’offre une formidable liberté car elle m’éloigne de mon quotidien.

Ensuite, le lieu d'un roman est important car, en posant le décor, il contribue à la crédibilité de l'histoire. New York est un lieu où on a l'impression que tout peut arriver : la plus belle des histoires d'amour comme le drame le plus atroce.

De plus, c'est une ville que je connais bien pour y avoir travaillé pendant plusieurs mois lorsque j'avais 19 ans. J'étais parti un peu à l'aventure et, une fois sur place, j'avais dégoté un job de vendeur de crèmes glacées à 70 ou 80 heures par semaine ! Malgré ces conditions de travail difficiles, je suis vraiment tombé amoureux de Manhattan et, chaque fois que j'y retourne, j'éprouve la même fascination.

D'autre part, après les attentats, New York est devenue une ville résiliente. Un état qui fait souvent écho à ce que vivent mes personnages.

Pour autant, ces dernières années, Paris joue un rôle de plus en plus important dans mes romans. C’est notamment là que se situe une bonne partie de l’action de L’Appel de l’ange et de Sept ans après et de Central Park

Le surnaturel fait parfois irruption dans la vie de vos héros. Pourquoi ?

C’était surtout le cas de mes premiers livres. Mais une bonne partie d’entre eux (Parce que je t’aime, La Fille de papier, L’Appel de l’ange, Sept ans après, Central Park, La fille de Brooklyn …) ) n’ont pas d’arguments « surnaturels ».

Par ailleurs, parce que le surnaturel et le mystère ne sont que des prétextes pour aborder, sous des abords ludiques et légers, des thèmes plus profonds.

Et après… traite du deuil et de la fragilité de l'existence ; Sauve-moi évoque le rôle du hasard et du destin, Seras-tu là ? parle de la vieillesse, des remords et des regrets. Parce que je t'aime aborde le thème de la résilience, cette capacité psychologique à résister à l'adversité, à surmonter les épreuves pour en ressortir parfois plus solide. Je reviens te chercher évoque l'idée de la deuxième chance et ouvre une réflexion sur la responsabilité de nos choix, les aléas du destin et l'opportunité d'en modifier la trajectoire. Demain est un roman sur le grand amour et ses excès, qui peut nous faire basculer et réaliser des choses inimaginables. Un roman sur les apparences au sein du couple qui pose la question : dans quelle mesure connaît-on réellement la personne qui partage notre vie ?

Le surnaturel est donc un ressort dramatique qu'il m'arrive d'utiliser comme parabole pour évoquer ce qui me passionne vraiment : les sentiments, le sens que l'on donne à sa vie, l'absence, la peur.

L'idée m'est venue après un accident de voiture qui m'a beaucoup marqué, l'année de mes 24 ans. Par chance, je n'ai pas été gravement blessé, mais mon véhicule a été détruit. Moi qui n'avais jamais auparavant vraiment songé à la mort, j'ai pris conscience en une demi-seconde qu'elle pouvait nous happer sans prévenir.

J'ai donc voulu écrire une histoire sur cette expérience et sur cette urgence de vivre que la rencontre avec la mort pouvait provoquer, mais je ne savais pas comment procéder. Je craignais que le sujet ne soit un peu trop morbide. Si la plupart des gens n'ont aucune envie de lire un livre sur la mort, ils sont en revanche friands de mystère, de féerie et de surnaturel.

Je me suis alors souvenu de tous ces films américains des années 40 qui, de façon ludique, abordent en fait des questions cruciales : It's a Wonderful Life de Frank Capra, La Féline de Jacques Tourneur, The Ghost and Mrs. Muir de Joseph Mankiewicz. Plus récemment, Wim Wenders avec Les Ailes du désir et M. Night Shyamalan avec Sixième sens ont également emprunté ce détour par le surnaturel pour parler du deuil et de la condition humaine.

Avec L’Appel de l’Ange, 7 ans après…, Central Park et La fille de Brooklyn, vous avez abandonné cette dimension surnaturelle pour une veine plus policière. Pourquoi ce changement ?

Ce n’est pas vraiment une nouveauté. Par leur structure et par leur rythme, mes romans ont toujours flirté avec le thriller, même si, dans leurs thématiques, ce sont des romans « hybrides ».

En ce moment, il est vrai que mon genre de prédilection est le roman à suspense, car il permet de concilier le plaisir de lecture avec la possibilité de traiter – de façon peut-être plus mature qu’avec le surnaturel – certains thèmes qui me sont chers : la famille, le couple, les transformations du monde, les dérèglements de l’humain.

Mais mon grand plaisir reste de mélanger les genres. C’est, je crois, ce qui fait mon originalité : jouer avec les codes et revisiter certains thèmes en essayant de les traiter de manière novatrice.

Je fais aussi très attention à ce que mon écriture ne devienne pas mécanique. Plutôt mourir que d’écrire deux fois le même livre, car le plaisir de l’écriture tient aussi à celui de savoir innover et de parvenir à se surprendre soi-même.

Les sentiments sont très présents dans vos histoires. Quelle est votre conception de l'amour ?

L'amour – sous toutes ses formes – est en effet la matière première de tous mes livres pour la simple raison que c'est l'amour ou le manque d'amour qui guide une bonne partie des comportements humains. Pour reprendre la formule de Christian Bobin : « C'est toujours de l'amour dont nous souffrons, même quand nous croyons ne souffrir de rien. »

Vous avez habitué vos lecteurs à des dénouements spectaculaires. Est-ce votre marque de fabrique ?

Attention, ce n'est pas du tout un système d'écriture ! Mais il se trouve que jusqu'à présent beaucoup de mes histoires se sont terminées sur un crescendo dramatique. Les Américains parlent de « twist ending » pour qualifier ces films ou ces romans qui parviennent à créer une vraie surprise dans leur dénouement.

En tant que lecteur et spectateur, j'ai toujours aimé les retournements de situation qui, à la fin d'une histoire, lui donnent une tout autre signification. Je me souviens encore, par exemple, de la surprise ressentie lorsque, enfant, j'arrivais à la fin de certains Agatha Christie (Les Dix Petits Nègres, Le Meurtre de Roger Ackroyd) ou en découvrant des films comme Psychose (la mère empaillée dans son fauteuil, c'était quand même sacrément bien trouvé …), Citizen Kane (le fameux Rosebud du dernier plan) ou Les Diaboliques. Clouzot avait d'ailleurs fait mentionner sur l'affiche du film : « Ne soyez pas diaboliques : ne révélez pas la fin du film à vos amis ! »

Plus récemment le réalisateur Night Shyamalan s'est fait une spécialité de ce type de retournement (Sixième sens, Incassable) ainsi que David Fincher (Fight Club, The Game). Pour les amateurs du genre, je conseille également Shutter Island, le roman très réussi de Dennis Lehane.

Et après

Janvier 2004

Quand et comment êtes-vous venu à l’écriture ?

Mon coup de foudre pour les romans remonte à mes dix ans. Jusque-là, les livres m’avaient toujours ennuyé et là, coup sur coup, j’ai lu deux histoires qui m’ont enthousiasmé : Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë et Dix Petits Nègres d’Agatha Christie.
Pendant toute mon adolescence, j’ai écrit mes propres histoires sous formes de petites nouvelles. A 18 ans, j’ai commencé mon premier roman, l’histoire d’un homme séparé de sa femme, une pianiste géniale et fantasque, qu’il retrouve alors qu’elle n’a plus que quelques semaines à vivre. J’ai d’ailleurs repris une petite partie de cette histoire dans Et Après, pour construire les personnages de Garrett Goodrich et de sa femme. J’ai mis trois ans à le terminer mais je ne l’ai pas envoyé aux éditeurs, conscient qu’il contenait les défauts propres aux premiers romans.
Qu’importe : je me savais capable de raconter une histoire sur trois cents ou quatre cents pages. La prochaine fois serait peut-être la bonne.
Mon premier roman publié, Skidamarink, date d’il y a trois ans. Il s’agissait d’un thriller sur fond de mondialisation économique qui partait de l’hypothèse du vol de la Joconde.

Vous êtes professeur d’économie dans un lycée du Sud de la France. Pourquoi avoir choisi ce métier ? Et comment le conciliez-vous avec l’écriture ?

À la fin de mes études, j’ai beaucoup hésité entre le monde de l’entreprise et celui de l’Education Nationale. J’ai finalement choisi de devenir professeur, d’autant plus que ma discipline, l’économie, me donne l’opportunité d’enseigner une matière “vivante” en prise directe avec l’actualité.
Aujourd’hui, être professeur c’est travailler sur l’humain. Les élèves arrivent en classe avec leurs soucis, leurs attentes.Il n’y a pas de routine et il faut être capable de faire face aux situations les plus diverses. A côté des difficultés que connaît actuellement l’école et dont on parle abondamment, cette profession continue néanmoins a être porteuse de moments très gratifiants. Parallèlement à ce travail à plein temps, j’essaye d’écrire tous les jours.
Comme les journées ne sont pas extensibles, j’écris souvent le soir très tard et pendant une partie de la nuit même si, dans l’absolu, je suis plus “productif” le matin. Cette régularité dans le travail est essentielle car même la prétendue “inspiration” demande des efforts. En fait, je n’attends pas d’avoir des idées pour me mettre à travailler mais c’est souvent parce que je travaille que me viennent des idées.

Votre roman se déroule à New York. Pourquoi ce choix d’écrire un roman à l’américaine ?

Le lieu est important car, en posant le décor, il contribue a la crédibilité de l’histoire. Bien sûr, Et après… pourrait se passer n’importe où : à Paris, Londres, Tokyo… Mais lorsque les premières images du livre ont commencé à surgir dans mon esprit, il n’y a pas eu de doute possible : c’était New York pendant la période de Noël. Car il s’agit d’un lieu ou on a l’impression que tout peut arriver. C’est une ville que je connais bien pour y avoir travaillé pendant plusieurs mois lorsque j’avais 19 ans comme vendeur de crèmes glacées et chaque fois que j’y retourne j’éprouve la même fascination. Mais à partir du moment où j’avais fait ce choix, il fallait être précis dans la description de la ville et surtout de l’atmosphère.
Mon éditeur m’a donc envoyé à Manhattan pour faire quelques repérages. Enfin, une grande partie du roman a été écrite dans les mois qui ont suivi le 11 septembre. Avec les attentats, beaucoup de gens se sont rendus compte qu’ils étaient mortels. Certains ont quitté la ville, d’autres ont renoué avec un ancien conjoint ou ont fait un enfant. En tout cas, beaucoup se sont posés la question : si un autre attentat devait se produire, comment voudrais-je vivre mes derniers instants et avec qui ? Ce qui rejoint le sujet de mon roman. Attention, ce n’est pas une vision fataliste, ni morbide. Cette histoire est au contraire un hymne à la vie. Car si la mort nous échappe, nous sommes les seuls acteurs de notre existence et il ne tient qu’à nous de mettre à profit notre passage sur terre pour la rendre meilleure.
Nathan a vécu une Near Death Experience, une expérience de mort imminente dit-on en français. Est-ce quelque chose qui vous est proche ?
Pas exactement, même si j’ai eu il y a quelques années un accident de voiture qui m’a beaucoup marqué. Par chance, je n’ai pas été gravement blessé mais mon véhicule a été détruit. Moi qui n’avais jamais auparavant vraiment songé à la mort, j’ai pris conscience en une demi seconde qu’elle pouvait nous happer sans prévenir. Je pense que c’est à partir de cet accident que j’ai commencé à réfléchir à une histoire autour de la NDE.

Je me suis énormément documenté, lisant tous les livres sur le sujet que je pouvais trouver, ceux des précurseurs comme La vie après la vie de Raymond Moody, et les plus récents (La traversée de Philippe Labro.). Les NDE ne sont pas des phénomènes nouveaux : déjà Platon dans La République raconte l’histoire d’un soldat dans un champ de bataille qui vit une N.D.E. Ce qui est intéressant dans les témoignages c’est de voir qu’au retour de leur expérience, il reste à la plupart des “survivants” un amour de la vie et une attention aux autres, un peu comme s’il fallait avoir frôlé la mort pour apprécier pleinement la vie !
De plus, certains d’entre eux affirment, après leur coma, avoir reçu un certains nombres de dons, du simple développement d’un sens artistique jusqu’au pouvoir de précognition, ce qui m’a inspiré en tant que romancier. Puis, une lecture en amenant une autre, j’ai commencé à m’intéresser à l’accompagnement des mourants à travers les ouvrages d’Elisabeth Kübler-Ross (qui m’a beaucoup inspiré pour le personnage du Docteur Goodrich) et de Marie De Hennezel.

Le surnaturel fait irruption dans la vie de votre héros, justement avec ce Dr Goodrich qui dit pouvoir prévoir la mort des gens. Détient-il selon-vous un don ou une malédiction ?

Les deux, je crois. C’est un don dans la mesure ou ce pouvoir lui est donné en vue d’aider les gens. Goodrich rentre en contact avec des personnes qui vont mourir bientôt pour les inciter à mettre de l’ordre dans leur vie avant de partir et à se mettre en paix avec les autres et avec eux-mêmes.
D’un autre côté, c’est aussi une malédiction car psychologiquement ce pouvoir est une charge très lourde à porter dont on ne se défait jamais et qui est donc réservé à des êtres exceptionnels.
L’histoire d’amour que vous avez créée entre Mallory et Nathan est d’une force rare. Est-il plaisant pour vous d’écrire autour des sentiments humains ?
Je n’imagine pas écrire un livre qui ne comporte pas une histoire d’amour ! Car c’est l’amour ou le manque d’amour qui guident une bonne partie des comportements humains. Pour reprendre la formule de Christian Bobin : “C’est toujours de l’amour dont nous souffrons même quand nous croyons ne souffrir de rien.” Pour autant, je déteste le mièvre et le mielleux. D’ailleurs, Et après... n’est pas à proprement parler un “roman d’amour”.

C’est l’histoire d’un homme qui, persuadé qu’il ne lui reste que peu de temps à vivre va tenter de retisser des liens qu’il avait laissé se distendre. On trouve donc une pluralité de sentiments : l’amour dans le couple avec son ancienne femme qu’il tente de reconquérir, l’amour filial avec sa petite fille, l’amour parental avec sa mère et enfin une histoire d’amitié et d’apprentissage avec le Docteur Goodrich qui, à sa façon, va jouer le rôle de mentor et d’initiateur à quelque chose qu’on ne découvre qu’à la fin du livre.

La fin de votre livre justement est très surprenante…

Oui, il y a un vrai retournement de situation, une “chute” qui donne à l’histoire une toute autre signification. Bien sûr, toutes les histoires ne se prètent pas à ce traitement mais j’ai toujours été fasciné par les films ou les romans qui parvenaient à créer une vraie surprise dans leur dénouement. Tout le monde se souvient par exemple de la fin de Psychose, de Sixième sens, de Usual Suspects ou du Meurtre de Roger Ackroyd.

Quelles sont vos admirations et inspirations littéraires ? et cinématographiques ?

Parmi les classiques, Belle du Seigneur d’Albert Cohen est sans conteste le roman qui m’a le plus marqué. Parmi les contemporains étrangers, Stephen King, pour sa capacité à faire surgir l’angoisse dans le quotidien, Patricia Cornwell parce que je m’identifie sans mal à son héroïne, Caleb Carr, l’auteur de L’aliéniste, pour l’humanité de ses personnages.
Pour écrire, je m’inspire également des maîtres du thriller américain (Grisham, Crichton…), non pas tant dans les thèmes traités que par leur façon de construire un chapitre et de bâtir une histoire.

Parmi les contemporains français je suis un fan absolu de Jean-Christophe Grangé pour la fièvre qui imprègne toutes ses pages et de Tonino Benaquista.
Le cinéma est mon autre grande source d’inspiration. Bien entendu, un livre n’est pas un film mais dans certains chapitres j’essaye d’avoir un style très visuel avec une structure très découpée et un rythme soutenu.
J’apprécie particulièrement les films d’Alfred Hitchcock et les grandes comédies classiques américaines de Billy Wilder (Sept ans de réflexion, La Garçonnière…) et d’Ernest Lubitsh (The shop around the corner…). Et dans les films plus récents, Sixième sens, Le Silence des agneaux, Sleepers, la trilogie Bleu, Blanc, Rouge de Krystof Kieslowski, Magnolia, Un jour sans fin…

Avez-vous déjà pensé à écrire un scénario ?

Oui, j’ai deux projets sur lesquels je travaille quand les romans m’en laissent le temps : un tourné vers le thriller, un autre vers la comédie. Et puis, j’aime beaucoup les séries qui permettent de suivre les personnages sur une longue période. Par exemple, j’ai vraiment été emballé par Six Feet Under.

Avez-vous une idée de ce que sera votre prochain roman ?

Je sais déjà qu’il débutera à Manhattan par la rencontre entre un homme et une femme qui n’auraient jamais dû se croiser. Il y aura du suspense, une histoire d’amour et, probablement, encore une petite touche de surnaturel…

Seras-tu là ?

Mai 2006

Après le formidable succès de vos romans, en grand format et en édition de poche, on dit que vous êtes un auteur « populaire ». Vous reconnaissez-vous dans cette qualification ?

Pour moi, rien n’est plus gratifiant que de voir des gens lire mes romans dans le métro ou dans le bus. La littérature populaire – celle de Marcel Pagnol, d’Agatha Christie, de Barjavel et de Stephen King. – est celle qui, enfant, m’a donné le goût de la lecture. C’est celle des raconteurs d’histoires et du plaisir de lire.
Je n’ai donc aucun complexe à être un auteur “populaire”, et j’en tire plutôt une grande fierté. A chaque fois que je rencontre le public lors des séances de dédicaces, je suis surpris par sa diversité : des lecteurs de tous les âges et de tous les sexes, mais plus particulièrement un lectorat de jeunes adultes et d’adolescents. C’est peut-être ce qui m’a le plus étonné : parvenir à toucher une génération réputée préférer les jeux vidéos et les BD à la lecture.

A travers vos trois romans on reconnaît maintenant le « style Musso », fait de suspense et d’émotion. Comment bâtissez-vous vos histoires ?

Je cherche toujours à écrire des livres que j’apprécierais en tant que lecteur. J’aime être happé par une histoire au point de ne plus pouvoir poser le livre que je suis en train de lire. Aussi, lorsque je construis mes histoires, je suis très attentif aux rebondissements et à la montée du suspense. J’aime que chaque page en appelle une autre et que chaque fin de chapitre donne envie de lire le suivant. Je cherche à être inventif, à mettre en place un découpage quasi cinématographique de mon histoire, sans pour autant sacrifier la profondeur de mes personnages.
Je travaille beaucoup sur leur “biographie”. J’ai besoin de les connaître parfaitement pour rentrer en empathie avec eux et pour qu’au cours du processus d’écriture se produise cette alchimie mystérieuse qui va faire naître l’émotion. Au bout du compte, c’est cela qui m’intéresse vraiment : le petit frisson que ressentira le lecteur lorsqu’il aura tourné la dernière page. C’est ma définition de la littérature “chair de poule”.

Pouvez-vous nous présenter ce nouveau roman, Seras-tu là ?

Je suis parti d’une interrogation très simple : si on nous donnait la chance de revenir en arrière, que changerions-nous dans notre vie ? C’est en tout cas la question à laquelle est confronté Elliott, un jeune médecin idéaliste, lorsqu’un vieil homme débarque dans sa vie en prétendant être lui, dans trente ans ! Ce double plus âgé affirme connaître son avenir.
A la lumière de ce que sera son futur, Elliott se met alors en tête de changer son destin… Ce qui m’a intéressé, c’est de mettre en scène un face-a-face entre un homme et lui-même, à deux âges de sa vie. L’un a l’expérience, l’autre a la jeunesse, l’un a le savoir, l’autre le savoir-faire, l’un veut sauver sa fille, l’autre veut sauver la femme qu’il aime… C’est de cette confrontation que vont naître l’unité et la vérité de cet homme.

Pour organiser ce « face-à-face » à trente ans de distance, vous abordez le thème du voyage dans le temps. D’où vous est venue cette idée ?

Depuis tout petit, je suis fasciné par les histoires de voyage dans le temps. De H.G. Wells a Retour vers le Futur, c’est un argument classique de la littérature et du cinéma qui permet d’aborder de façon ludique l’idée plus grave de l’irréversibilité du passage du temps. Le surnaturel me permet ici de traiter le thème de la deuxième chance et d’ouvrir une réflexion sur la responsabilité de nos choix, les aléas du destin et l’opportunité d’en modifier la trajectoire.
Pour beaucoup de philosophes, le passé et le futur sont en effet les deux plaies qui minent notre vie quotidienne. Nous sommes constamment tiraillés par, d’un côté, la nostalgie et les regrets liés au passé et, de l’autre, l’espérance et les projets liés au futur. Le risque étant bien entendu de passer à côté de la seule “vraie” vie : celle du moment présent.

Comment avez-vous travaillé pour écrire Seras-tu là ?

Le livre se passe en partie à San Francisco, il était donc important que j’aille sur place m’imprégner de l’atmosphère californienne. Tout comme New York, San Francisco est une ville bien particulière, plus proche des cités européennes que des villes américaines. L’endroit fut un haut lieu de la contre-culture dans les années 60 et garde encore aujourd’hui une certaine tolérance et une vraie douceur de vivre qu’on ne retrouve pas ailleurs. Pas étonnant que les Américains l’aient surnommée “everybody’s favourite city”.
D’autre part, une grande partie du roman se passe dans les années 70, ce qui a nécessité un vrai travail de documentation. Je suis né en 1974. Les années 70 sont celles où mes parents avaient trente ans. J’ai donc commencé par ressortir tous leurs vieux albums photos ! Puis je me suis pris au jeu et je me suis immergé dans cette époque, compulsant des dizaines d’ouvrages, visionnant tous les films importants de la période et dévalisant les rayons des disquaires pour me procurer les CD des musiciens qui tenaient le haut du pavé dans ces années-là : Hendrix, Clapton, Springsteen. J’ai beaucoup appris sur cette époque passionnante, trait d’union entre l’idéalisme des années hippies et le cynisme des années 80.

Quelles sont vos admirations littéraires et artistiques?

Du côté des classiques, j’aime des livres plus que des auteurs : Belle du Seigneur d’Albert Cohen, Le Hussard sur le toit, de Jean Giono, La Tache, de Philip Roth. Quant aux auteurs qui m’ont influencé : ceux de thrillers américains (Ludlum, Follet, Grisham) pour leur efficacité, Stephen King pour son habileté à faire surgir le surnaturel dans le quotidien, et chez les auteurs français Pagnol et Barjavel, des auteurs populaires que la critique n’a pas toujours reconnus à leur juste valeur.
Mon autre source principale d’inspiration est le cinéma. Je fais partie de la génération magnétoscope : celle qui a découvert les films non pas dans les ciné-clubs mais directement sur le petit écran avec, pour conséquence, la possibilité de passer et repasser la même scène, autrement dit, la possibilité de “déconstruire” le film et d’en assimiler plus facilement les fondations et les techniques. Je suis certain que cela a eu une influence sur ma façon d’écrire.
Autre source d’inspiration majeure : les séries télévisées anglo-saxonnes de qualité : Six Feet Under, LOST, Les Sopranos, MI5, 24 heures chrono. C’est là que se trouvent aujourd’hui les narrations les plus innovantes, les sujets les moins formatés et les auteurs les plus inspirés.
En fait, la fiction, sous toutes ses formes, joue un rôle important dans ma vie. Elle nourrit mon imaginaire de romancier, bien sûr, mais est aussi une source de plaisir et de protection contre la “vraie vie” qui peut parfois paraître désespérante, mais qu’il faut bien se “coltiner” néanmoins. Anais Nin a bien résumé ce sentiment en expliquant : “Je crois que l’on écrit pour créer un monde dans lequel on puisse vivre.”

Si, comme le héros de votre roman, il vous était possible de vous rencontrer vous-même avec trente ans de plus, quel homme voudriez-vous découvrir ?

Le simple fait de savoir que je serais encore vivant dans trente ans serait déjà une satisfaction ! Si en plus cet homme pouvait avoir été utile à ceux qui l’entourent, ce n’en serait que mieux.

Parce que je t'aime

Mai 2007

Comment présenteriez-vous ce nouveau roman a vos lecteurs ?

L’histoire débute dans l’intimité d’une famille : Mark est un jeune et brillant psychologue qui forme avec sa femme, Nicole, l’un des couples les plus glamours de Manhattan. Mais leur bonheur conjugal vole soudain en éclats avec la disparition mystérieuse de leur petite fille, Layla. Incapables de faire face ensemble à leur douleur, Mark et Nicole finissent par se séparer. Puis le temps passe et, cinq ans plus tard, Layla est retrouvée a l’endroit exact ou on avait perdu sa trace. Elle est vivante, mais reste plongée dans un étrange mutisme. A la joie des retrouvailles, succèdent alors les interrogations. Ou était Layla pendant cette période ? Avec qui ? Et surtout : pourquoi est-elle revenue ?

La possibilité de se reconstruire après une épreuve, même terrible, semble être le fil conducteur du roman.

Sous des abords ludiques et légers, tous mes romans abordent, en toile de fond, des thèmes plus profonds. Le surnaturel, le mystère, le thriller, ne sont en fait que des prétextes pour évoquer d’autres grandes questions. Et après… traitait du deuil et de la fragilité de l’existence ; Sauve-moi évoquait le rôle du hasard et du destin, Seras-tu la ? parlait de la vieillesse, des remords et des regrets. Parce que je t’aime aborde le thème de la résilience, cette capacité psychologique à résister à l’adversité, à surmonter les épreuves pour en ressortir parfois plus solide. Depuis longtemps, je lis avec intérêt les ouvrages de Boris Cyrulnik dont le message et le credo – rien n’est définitivement joué – imprègnent cette histoire et certains de ses personnages.

Pourquoi demandez-vous à vos lecteurs, au début du livre, de ne pas en révéler le dénouement ?

Les Américains parlent de < twist ending > pour qualifier ces films ou ces romans qui parviennent à créer une vraie surprise dans leur dénouement. En tant que lecteur et spectateur, j’ai toujours aimé les retournements de situation qui, à la fin d’une histoire, lui donnent une tout autre signification. Je me souviens encore, par exemple, de la surprise ressentie lorsque, enfant, j’arrivais à la fin de certains Agatha Christie (Les dix petits negres, le meurtre de Roger Ackroyd) ou en découvrant des films comme Psychose (la mère empaillée dans son fauteuil, c’était quand même sacrément bien trouvé à l’époque.), Citizen Kane (le fameux Rosebud du dernier plan) ou Les diaboliques. Clouzot avait d’ailleurs fait mentionner sur l’affiche du film : < ne soyez pas diaboliques : ne révélez pas la fin du film à vos amis ! > Plus récemment le réalisateur Night Shyamalan s’est fait une spécialité de ce type de retournement (le Sixième sens, Incassable) ainsi que David Fincher (Fight club, The Game) Pour les amateurs du genre, je conseille également Shutter Island, le roman très réussi de Dennis Lehane.

Votre précédent roman, qui se déroulait à deux époques différentes de la vie d’un homme, reposait déjà sur une construction très ambitieuse. Celui-ci renouvelle le défi, avec une succession de flash-backs.

J’attache toujours le plus grand soin à l’élaboration du < squelette > de mon histoire. L’enchaînement des chapitres, la divulgation progressive des indices, la construction, par petites touches, du caractère et du passé de mes personnages : tous ces éléments constituent l’épine dorsale de mon roman. Je peux passer jusqu’à six mois à mettre en place cette ossature qui doit fonctionner comme un mécanisme d’horlogerie.

Le livre est animé de clins d’oeil visuels, de présentations graphiques originales et soignées. Est-ce un choix de votre part ?

Je me fais un devoir d’inventivité permanente. Je recherche toujours à innover, à trouver des formes modernes, visuelles et attrayantes pour raconter mon histoire. Là encore, on pourrait remonter à l’enfance avec la découverte des Calligrammes de Guillaume Apollinaire. J’espère d’ailleurs trouver un jour une histoire qui me permette de pousser encore plus loin ce travail de jeux visuels, un peu à la maniere de ce qu’a fait Jonathan Safran Foer dans son roman Extrêmement fort et incroyablement près.

A la fin de ce livre, au lieu de la traditionnelle liste de proches, vous remerciez vos lecteurs. Pourquoi ce choix ?

Parce que je dois tout à mes lecteurs : depuis quatre ans, ils m’ont suivi à travers mes romans et mes personnages. Ils se sont approprié mes histoires et y ont trouvé des échos dans leur vie. Ils m’écrivent, viennent nombreux à mes séances de dédicaces, je leur dois mon succès. Une telle < histoire d’amour > valait bien quelques remerciements sincères à la fin d’un livre. C’est le moins que je pouvais faire. Et puis, comme je l’ai souvent dit, il n’y a pas de plus grande fierté, pour moi, que de voir des gens lire mes romans dans le métro. Car c’est la littérature populaire – celle des raconteurs d’histoires et du plaisir de lire – qui, enfant, m’a donné le goût de la lecture.

Et où en sont les adaptations de vos livres au cinéma ?

Le tournage de Et après… débutera cet été à New York. On parle d’un tres beau casting: Romain Duris, John Malkovich et Evangeline Lilly, l’héroine mondialement connue de la série LOST. Seras-tu la ? va également devenir un long métrage puisque les droits du livre ont été vendus à Christian Fechner et plusieurs producteurs s’intéressent à Sauve-moi.

Savez-vous déjà quel sera le thème de votre prochain roman ? Les lecteurs vous réclament parfois une suite à Et après… Est-ce envisageable ?

Il y a une dizaine d’histoires qui < tournent > en permanence dans un coin de ma tête. Pour l’instant, je ne sais pas encore quelle sera la prochaine à devenir un livre. Quant à écrire une suite à Et après…, il est vrai que j’ai très envie de retrouver les personnages de Nathan Del Amico et de Garrett Goodrich, mais je ne < passerai à l’acte > que lorsque j’aurai la certitude d’avoir trouvé une intrigue au moins aussi forte que l’histoire originale.

Je reviens te chercher

Avril 2008

Dans ce nouveau roman, le personnage principal meurt au bout de cent pages… et l’intrigue reprend au départ ! Outre le tour de force qu’est la construction de ce roman, qu’avez-vous voulu évoquer en faisant ainsi se répéter le temps ?

Comme la plupart de mes romans, celui-ci peut se lire à plusieurs niveaux. On peut choisir de se laisser emporter par l’histoire, mais on peut aussi y voir une réflexion sur le thème de la deuxième chance et de la rédemption.
Malgré leur côté très moderne, mes histoires prennent souvent leur source dans la mythologie. C’est le cas ici ou la répétition des journées renvoie au mythe de Sisyphe et au calvaire de Prométhée, condamné par les dieux à avoir le foie éternellement rongé par l’aigle du Caucase !
Enfin, dans ce livre, à travers deux personnages, s’affrontent deux conceptions de la condition humaine : une qui pense que le déroulement de notre existence est déjà écrit quelque part et une autre – influencée par le bouddhisme – qui accorde plus de place à la liberté de nos actions.

On a l’impression au fil de vos livres que la part irrationnelle, ou surnaturelle, occupe une place moins importante. Est-ce une volonté de vous rapprocher d’une littérature plus classique ?

Il y a parfois un malentendu à propos de mes romans. Le surnaturel, le mystère, le thriller, sont des prétextes pour aborder, sous des abords ludiques et légers, des thèmes qui nous concernent tous. Et après… traite du deuil et de la fragilité de l’existence ; Sauve-moi évoque la rencontre amoureuse, Seras-tu la ? parle de la vieillesse, des remords et des regrets. Parce que je t’aime aborde le thème de la résilience, Je reviens te chercher ouvre une réflexion sur la responsabilité de nos choix, les aléas du destin et l’opportunité d’en modifier la trajectoire.
Le surnaturel est donc un ressort dramatique qu’il m’arrive d’utiliser comme parabole pour évoquer ce qui me passionne vraiment : les sentiments, le sens que l’on donne à sa vie, le temps qui passe, les destins qui se croisent. Je tiens sans doute ce goût de mon admiration pour certains films américains des années 40 qui sous des abords divertissants abordent en fait des questions cruciales : It’s a Wonderful Life de Frank Capra, La Féline de Jacques Tourneur, The Ghost and Mrs. Muir de Joseph Mankiewicz. Plus récemment, Wim Wenders avec Les Ailes du désir et Alan Ball dans la série Six Feet Under ont également emprunté ce détour par le surnaturel pour parler du deuil et de la condition humaine.

Sans parler des ouvertures de chapitres, ce roman est émaillé et nourri de nombreuses références, de Kundera à Eluard en passant par Carson McCullers. Quelle place tiennent ces références dans votre roman ? Dans quel but les utilisez-vous ?

Elles sont issues de mes lectures et viennent tout naturellement au cours de l’écriture. Elles servent généralement à caractériser un personnage ainsi qu’à faire partager mes goûts littéraires à mes lecteurs. Certains les assimilent d’ailleurs à de véritables prescriptions, comme cette lectrice qui m’a avoué avoir lu Loin de Chandigarh parce qu’elle en avait aimé la citation dans Seras-tu la ? Ou cette autre qui a découvert Belle du Seigneur parce que je le citais dans mes interviews.

Votre style est très fluide et très rythmé. On a l’impression que les phrases coulent et que les pages se tournent toutes seules. Est-ce une facilité d’écriture ?

Malheureusement pas ! C’est plutôt le résultat d’un travail sans fin de réécriture. Comme le dit avec humour Anna Gavalda : « ça demande beaucoup de travail pour faire croire qu’on ne s’est pas foulé ! » Mais je suis très attaché à cette fluidité qui est pour moi une sorte d’élégance discrète.

Dans ce roman, le personnage principal connaît une belle réussite professionnelle, une belle notoriété et pourtant se sent désespéré et creux. Y a-t-il beaucoup de vous en lui ou est-ce une façon d’illustrer la réussite moderne en général ?

On connaît la formule stendhalienne : « un roman, c’est un miroir qu’on promène le long d’un chemin ». Bien que je ne sois pas un « écrivain du moi », il est évident qu’il y a une part très personnelle dans la plupart de mes personnages.
C’est la condition pour faire surgir l’émotion : être en empathie avec eux, vivre au plus près avec eux, pendant toute l’année que durera l’écriture et… pendant encore de longues années après. Ces relations ténues et intimes qui m’unissent à mes personnages constituent vraiment le cœur de mon écriture, la clé pour en comprendre la sincérité en tout cas.

La première adaptation d’un de vos romans est sur le point de sortir au cinéma. D’autres sont en cours. Comment vivez-vous le passage de vos oeuvres à l’écran ?

Au vu des premières images, le film tiré de Et après s’annonce très prometteur ! C’est vraiment incroyable de voir John Malkovich et Romain Duris incarner des héros tout droit sortis de mon imagination.
J’attends avec impatience de voir sur quoi déboucheront les autres adaptations notamment celle de Parce que je t’aime dont les droits ont été acquis par Yves Marmion, le producteur de Un secret.
Alors bien sûr, dans une transposition, il existe toujours le risque de ne pas retrouver dans le film ce que l’on a aimé dans le roman. Mais dans tous les cas, ça reste une chance inouïe d’avoir un film tiré d’un de ses livres.
Que les producteurs désirent pour adapter vos ouvres est bien la preuve de la solidité de votre histoire et de la force de vos personnages.

L’année dernière, vous avez été l’un des deux auteurs français à vendre plus d’un million d’exemplaires de vos livres. Ils bénéficient d’un bouche à oreille flatteur, on se presse à vos dédicaces et vous êtes traduit en plus de vingt-cinq langues. Vous définissez-vous comme un auteur populaire ?

C’est une grande satisfaction parce qu’il y a toujours eu de ma part la volonté d’écrire pour tout le monde : les gens cultivés comme ceux qui n’ont pas fait d’études.
D’après le nombreux courrier que je reçois, je constate que j’ai fait revenir à la lecture des gens qui ne lisaient plus ou pas et c’est pour moi une grande fierté. Je sais aussi que mes livres sont étudiés au collège et au lycée par certains professeurs de français. Enfin, je suis toujours très touché de voir qu’ils apportent un certain réconfort à des personnes plongées dans des situations de souffrance.

Pour expliquer ce succès, on a beaucoup parlé de l’efficacité de vos intrigues et de l’humanité de vos personnages…

Chaque fois que j’écris un roman, j’y mets toute ma sincérité. Je suis persuadé que les gens s’en rendent compte et que c’est ce qui les touche dans mes livres. Ils savent que ce ne sont pas des livres « fabriqués ».

Ce succès désormais quasi annoncé est-il pour vous un moteur ou une pression ?

Savoir gérer le succès, c’est un problème de riches, non ! Disons que j’ai cette chance immense d’entretenir une relation particulière avec mes lecteurs. J’envisage ce lien comme une sorte d’ « histoire d’amour épistolaire », une relation basée en tout cas sur la confiance et l’échange.
Alors, c’est vrai que le succès engendre l’angoisse et la fébrilité : certains lecteurs attendent mes livres avec impatience et je serais frustré de les décevoir. Je me fais donc un devoir d’essayer de faire aussi bien, voire mieux à chaque livre.

Que serais-je sans toi?

Avril 2009

Que serais-je sans toi ? est votre sixième roman, et vous rencontrez un succès grandissant. Dans quel état d’esprit abordez-vous cette nouvelle parution ?

Avec une grande impatience : celle de retrouver les lecteurs pour leur proposer cette nouvelle histoire et partager encore une fois quelque chose avec eux. J’ai cet immense privilège d’entretenir une relation particulière avec beaucoup de ceux qui me lisent.

Je reçois beaucoup de courrier, et depuis plusieurs mois, je sens monter l’attente autour de ce roman que j’avais annoncé comme étant différent des précédents. J’écris avant tout pour les lecteurs et je sais qu’une bonne partie de mon succès est dû au bouche à oreille. Donc à chaque fois, j’ai un vrai « trac » au moment de la sortie du livre, semblable à celui d’un comédien au moment du lever de rideau.

Pouvez-vous nous présenter ce nouveau roman ?

C’est un livre que j’ai voulu optimiste. J’avais envie d’écrire une histoire qui fasse du bien. Un peu comme, parfois, on a besoin de se mettre devant un bon film dont on sait qu’il va nous faire nous sentir bien, nous dépayser, nous faire rire et nous apporter du réconfort.

C‘est aussi la première fois que vous choisissez une héroïne pour personnage principal.

Oui, le personnage central autour duquel gravite l’histoire est une jeune femme de 30 ans, qui s’appelle Gabrielle et vit à San Francisco. Une femme qui s’est construite sur ses lignes de faille et dont les faiblesses et les défauts me touchent plus que ses qualités. Une femme déchirée par l’abandon des deux hommes qui ont compté dans sa vie et qui les voit réapparaître à un moment où elle n’y croyait plus.

Le roman raconte aussi le face-à-face d’un flic et d’un célèbre voleur évoluant dans les milieux de l’art.

Oui et c’était un plaisir d’écrire sur ce thème. J’ai, depuis longtemps, développé une vraie passion pour la peinture et la sculpture « modernes ». Des toiles impressionnistes jusqu’aux tableaux monochromes de Ryman et de Soulages en passant par Van Gogh, Brancusi et Picasso, certaines œuvres ont eu dans ma vie une importance comparable à celle des livres.
Cet intérêt remonte au début de mon adolescence et à la découverte des musées parisiens.

Ce nouveau livre démarre justement à Paris…

C’est vrai que c’est la première fois que la France est aussi présente dans mon histoire !Pendant longtemps mon imaginaire fonctionnait davantage avec les Etats-Unis. Pour des raisons compliquées, il était plus actif avec un décor américain. Mais cette fois, le roman débute dans le Paris que j’aime : celui des bords de Seine, des bouquinistes, du Musée d’Orsay, des petites rues piétonnes près du parc Montsouris. C’est le Paris qui nous fait nous dire, lorsque l’on passe près des quais de Seine à deux heures du matin, que l’on habite vraiment dans la plus belle ville du monde !L’histoire se poursuit à San Francisco, qui est la ville américaine à laquelle je suis le plus attaché avec New York à cause de la douceur de son climat, de l’ouverture d’esprit de ses habitants et surtout du rêve de liberté associé à la Californie.

Le livre s’achève dans un lieu mystérieux. Sans en dévoiler trop, est-ce pour vous un retour au surnaturel ?

Les cinquante dernières pages du roman se déroulent en effet dans un lieu particulier et je suis impatient de voir comment les lecteurs vont l’interpréter.

Pour l’instant, je préfère en révéler le moins possible ! Toujours mon souci de préserver le plaisir de la lecture…

Vous reconnaissez-vous dans l’appellation d’écrivain populaire qui vous est désormais attachée ?

J’en fais même une fierté. Quelle chance de pouvoir s’adresser aussi bien aux personnes qui ne lisent qu’un livre par an qu’à ceux qui en dévorent plusieurs par semaine ! J’ai toujours voulu écrire des romans qui soient lisibles par le plus grand nombre, sans toutefois renoncer à être ambitieux concernant les thèmes abordés. Je garde toujours à l’esprit la phrase de François Truffaut qui disait vouloir faire des films qui « divertissent tout en élevant ».

Vous publiez un roman chaque année. Avez-vous encore le temps de lire ?

Heureusement ! La lecture et la fiction en général ont toujours eu et continueront d’avoir un rôle prépondérant dans ma vie. Mes livres du moment ? Une odyssée américaine, le dernier Jim Harrison, ainsi que le passionnant Journal de Joyce Carol Oates qui montre combien l’écriture est une aventure intérieure pleine d’imprévus et combien les voies de la création peuvent être mystérieuses.

Vous parlez beaucoup de vos lecteurs. Comment expliquez-vous ce lien privilégié avec eux évoqué plus haut ?

J’ai lu tellement de bêtises dans des articles qui cherchaient à expliquer ou à rationaliser le succès de mes romans ! Bien sûr que l’essentiel repose sur cette relation vraiment particulière, cette alchimie que je préfère vivre plutôt que de l’analyser !