La vie secrète des écrivains

“Tout le monde a trois vies : une vie privée,
une vie publique et une vie secrète…”
Gabriel García Márquez
 
En 1999, après avoir publié trois romans  devenus cultes, le célèbre écrivain Nathan  Fawles annonce qu’il arrête d’écrire et se retire  à Beaumont, une île sauvage et sublime au  large des côtes de la Méditerranée.

Automne 2018. Fawles n’a plus donné une  seule interview depuis vingt ans. Alors que ses  romans continuent de captiver les lecteurs,  Mathilde Monney, une jeune journaliste  suisse, débarque sur l’île, bien décidée à percer  son secret.

Le même jour, un corps de femme est  découvert sur une plage et l’île est bouclée par  les autorités. Commence alors entre Mathilde  et Nathan un dangereux face à face, où se  heurtent vérités occultées et mensonges  assumés, où se frôlent l’amour et la peur…

  Une lecture inoubliable, un puzzle littéraire fascinant qui se révèle diabolique lorsque l’auteur y place sa dernière pièce.
 
"Une intrigue de haute volée (...), un thriller haletant, un habile jeu de miroir
entre l’auteur et le lecteur."
Bernard Lehut, RTL

" Passionnant ! "
François Busnel, La Grande Librairie

"Un polar diabolique et très personnel. Guillaume Musso prend plaisir à jouer avec nos nerfs et nous, on adore ça !"
Sandrine Bajos, Le Parisien

"Le nouveau Musso n’est pas simplement un thriller élégant, c’est aussi un étonnant jeu de l’oie littéraire'
Didier Jacob, L'Obs

"Un magnifique hommage à la littérature. Un livre qui donne envie de lire"
Stanislas Rigot, Librairie Lamartine sur LCI

"Guillaume Musso est un raconteur d'histoire incroyable (...) Une pure réussite."
Gérard Collard, Librairie La Griffe Noire, dans Le Magazine de la santé
 
Parution : 
02 Avril 2019
EAN : 
9782702165485
Format :
352 pages
EAN numérique: 
9782702165669
Didier Jacob, L'Obs
Le nouveau Musso n’est pas simplement un thriller élégant, c’est aussi un étonnant jeu de l’oie littéraire
Sandrine Bajos, Le Parisien
Un polar diabolique et très personnel. Guillaume Musso prend plaisir à jouer avec nos nerfs et nous, on adore ça !
François Busnel, La Grande Librairie
Particulièrement vif, nerveux, inventif et réussi
Alain Jean-Robert, AFP
Un thriller, à la mise en abyme vertigineuse (...), le roman le plus personnel et le plus abouti de l'auteur

Interview

La vie secrète des écrivains

Avril 2019

Votre nouveau roman est l’histoire d’une enquête sur le secret d’un écrivain culte. Pouvez-vous nous en révéler un peu plus ?


Le roman met en scène Nathan Fawles, un célèbre écrivain francoaméricain qui a mystérieusement arrêté d’écrire il y a vingt ans et s’est retiré à Beaumont, une île sauvage de la Méditerranée, au large des côtes varoises.
Depuis sa décision radicale, Fawles n’a plus fait aucune apparition publique. Mais à l’automne 2018, deux personnes débarquent sur l’île pour forcer sa solitude. Un aspirant romancier, Raphaël Bataille, 24 ans, prêt à se faire tirer dessus pour que le grand écrivain accepte de lire son manuscrit. Et une jeune journaliste suisse, Mathilde Monney, bien résolue à percer les secrets de Fawles. Alors que l’île est bouclée par les autorités à la suite de la découverte d’un cadavre, Mathilde et Raphaël vont mener chacun à leur façon leur enquête sur Nathan Fawles et chercher dans les ténèbres de son passé la véritable raison de son isolement volontaire.

La vie secrète des écrivains est un roman qui se situe à la croisée des genres…

 

C’est vrai, même si c’est d’abord un roman à suspense qui se déploie dans l’intimité des personnages, dans leur vie intérieure. Le drame se noue au coeur de cette vie secrète que nous portons
tous en nous. En tant que romancier, c’est pour moi l’essence du « thriller intime » : parvenir à mettre en scène des personnages ni totalement innocents ni totalement coupables et les regarder se débattre pour affronter une forme de fatalité – souvent due à une erreur de jugement passée – en tremblant avec eux pour qu’ils s’en sortent et trouvent une échappatoire à une situation presque désespérée.

L’intégralité de l’action se déroule sur une île imaginaire de la Méditerranée. Pourquoi avez-vous choisi d’inventer ce lieu ?


D’abord parce que j’avais envie de rester dans l’atmosphère méditerranéenne que j’avais pris plaisir à explorer avec La Jeune Fille et la Nuit, mon précédent roman. J’avais alors « ouvert la porte » à des souvenirs, à des paysages et à des sensations. Après des années passées à décrire New York ou Paris, c’est un véritable bol d’air de faire évoluer mes personnages dans un décor de falaises, de garrigue et de pinède.
L’île Beaumont apparaît au début du roman comme une sorte de havre de paix bucolique, bercé par les cigales, à mi-chemin entre la Corse, Hydra et Porquerolles. Une communauté pittoresque et soudée veille à sa préservation. Le centre de Beaumont est couvert de forêts de pins et d’eucalyptus, les falaises s’ouvrent sur des calanques et quelques plages, la côte est intacte, très peu construite, une seule route fait le tour de l’île et les voitures y sont rares… Un refuge, loin du monde. Puis, au fil de la tension dramatique, le paysage change pour se faire plus sombre et mystérieux.

L’île est aussi un endroit symbolique dans l’imaginaire culturel…


C’est vrai. Dans l’imaginaire, l’île a toujours eu un statut particulier et ambivalent. Elle évoque tantôt un lieu paradisiaque et inspirant, tantôt un paysage propice à la méditation et à la recherche de la paix intérieure, tantôt encore une terre d’exil, coupée du monde, dans laquelle on peut se sentir prisonnier. Et dont on ne peut s’échapper.
En se fondant notamment sur la prononciation anglaise du mot (I-land, littéralement « le territoire du moi »), certains ont remarqué que l’île était une sorte de métaphore de la psyché humaine, et j’ai aimé jouer avec cette analogie. L’île fait écho à la psychologie de mes personnages et délimite un territoire intime et complexe qui, à la manière d’une tragédie classique, va être le théâtre principal de l’action. Un écrin séduisant mais instable, dans lequel résonne la vie intérieure des protagonistes. Et, comme mes personnages, cette île abrite un douloureux secret dans ses entrailles…


Ce titre, La vie secrète des écrivains, évoque un mystère qui fascine tous les lecteurs, celui de l’auteur derrière le livre. On sait depuis votre Fille de papier (2010) que les liens entre fiction et réalité vous intéressent. Qu’est-ce qu’ils signifient pour vous ?


Les liens entre la réalité et la fiction renvoient à deux questions que l’on pose souvent aux romanciers : « D’où vient l’inspiration ? », et son corollaire « Y a-t-il une part autobiographique dans votre histoire ? ». Deux questions auxquelles il n’est jamais facile de répondre. Décrypter les mécanismes de la création supposerait de pouvoir remonter à la source de l’imaginaire, qui est une nébuleuse d’idées, de flashs, de souvenirs, de fulgurances parfois venues d’on ne sait où et qu’il est vain de vouloir rationaliser.
Ce roman, La vie secrète des écrivains, est une forme de réponse possible. Dans une sorte de puzzle littéraire, il illustre le processus mystérieux qui donne naissance à l’écriture : tout est potentiellement source d’inspiration et matériau de fiction, mais rien ne se retrouve dans un roman tel qu’on l’a vu, vécu ou appris. Comme dans un rêve étrange, chaque détail de la réalité peut se déformer et devenir élément essentiel d’une histoire en gestation. Alors, ce détail devient romanesque. Il est toujours vrai, mais il n’est plus réel. L’art est un mensonge qui dit la vérité.
Enfin, il est intéressant de voir que ce processus joue dans les deux sens : la vie réelle est source de fiction, mais cette dernière va à son tour contaminer la vie réelle. « Un écrivain n’est jamais en vacances, rappelait Ionesco. Pour un écrivain, la vie consiste soit à écrire soit à penser à écrire. »

Votre Nathan Fawles, écrivain culte qui s’est mis en retrait du monde médiatique, voire en opposition avec lui, est-il le reflet d’un écrivain connu ?


Plus exactement, Nathan Fawles porte certains traits d’écrivains auxquels je m’intéresse depuis des années. Il y a dans son personnage du J.D. Salinger, du Milan Kundera, du Elena Ferrante, du Philip Roth… Salinger, pour commencer, représente la figure de l’écrivain devenu prisonnier du succès de son livre au point de ne (presque) plus souhaiter en publier de nouveaux, comme si un malentendu s’était instauré entre lui et certains de ses lecteurs.
D’autres, comme Kundera, se sont montrés très méfiants à l’égard des médias, jusqu’à refuser pendant plusieurs décennies de donner des interviews. D’autres encore, comme Elena Ferrante, ont choisi de ne pas apparaître sous leur véritable identité. Enfin, Roth avait surpris ses lecteurs en annonçant lui-même qu’il n’écrirait plus de romans.
J’ai toujours été fasciné par ces romanciers capables de fixer leurs propres règles, capables de se mettre en dehors du rituel de promotion et de ne pas répondre aux attentes du système littéraire pour gagner des degrés de liberté. Cette liberté vis-à-vis de la réception
 des livres leur est indispensable pour la poursuite de leur oeuvre créatrice. Car trop souvent, les livres sont lus soit à travers la vie et la réputation de leurs auteurs, soit à travers les étiquettes que l’on a posées sur eux. Ce que résume Ferrante par une belle formule
: « Je ne crois pas que les livres aient besoin des auteurs, une fois qu’ils sont écrits, s’ils ont quelque chose à raconter, ils finiront tôt ou tard par trouver des lecteurs. Même Tolstoï est une ombre insignifiante lorsqu’il se promène avec Anna Karénine. »
Nathan Fawles est donc une cristallisation de toutes ces figures célèbres. Il s’est retiré soudainement du monde des lettres à l’âge de 35 ans. Mais, par une sorte d’effet pervers, plus il cherche à s’effacer de la scène littéraire, plus il attire la curiosité sur sa personne et sur les motivations mystérieuses qui ont présidé à ce retour dans l’ombre.

Il y a en fait deux écrivains dans votre roman, la figure tutélaire de Nathan Fawles, et puis le Candide, Raphaël Bataille, qui n’a pas encore réussi à être publié. Leur face-à-face est vraiment touchant, est-ce qu’il vous a été facile de vous remettre à la place d’un « débutant » après seize romans ?


C’était même plutôt un exercice agréable de puiser dans mes souvenirs de ce mélange de liberté et d’angoisse qui préside à l’écriture du premier roman. Comme moi à son âge, Raphaël Bataille, 24 ans, ne connaît personne dans le monde de l’édition et envoie ses manuscrits par la poste. Il vit ce moment de doute où son manuscrit a été refusé par plusieurs maisons d’édition. Mais il reste animé par une sorte de certitude intime de sa valeur, et un peu par déférence, un peu par orgueil, rêve de faire lire son roman à Fawles.
Raphaël se positionne comme un disciple de Fawles, un admirateur qui refuse de croire que son écrivain préféré puisse être un sale type, et qui sera prêt à tout pour l’aider lorsque ce dernier sera en difficulté. C’est lui qui est en partie le narrateur de l’histoire.
Nous découvrons donc le mystère qui se noue sur l’île à travers son regard. Et ses efforts pour « apprivoiser » Fawles constitueront son chemin initiatique. La candeur de Raphaël renvoie à une réelle passion pour la lecture et l’écriture. Raphaël s’émerveille du pouvoir des mots, capables, comme le disait Huxley, de « transpercer n’importe quoi, tels des rayons X » selon la façon dont on les choisit et dont on les agence. Et c’est cet émerveillement, positif et un peu naïf, qui va convaincre Fawles, malgré son caractère bourru et son cynisme, de lui ouvrir sa
porte.
Enfin, à l’inverse de son employeur, le libraire de l’île, qui en a une vision très désenchantée, Raphaël symbolise aussi une conception ouverte, large et optimiste de la culture.

À travers Mathilde Monney, vous abordez le double thème du secret et de la vérité. Le personnage de Mathilde en lui-même incarne ce mystère. Fawles a d’ailleurs du mal à la cerner et à deviner ses intentions.


Mathilde est un personnage ambivalent, lumineux et sombre à la fois. Elle est d’abord un rayon de soleil dans la vie de Fawles. Une visiteuse inattendue qui va venir le secouer, ouvrir les volets pour faire entrer un peu d’air dans sa vie et le distraire de sa solitude, ce
qui, même s’il s’en défend, n’est pas pour lui déplaire.
Mais Mathilde est aussi une menace pour l’écrivain, car elle incarne la quête de la vérité. Elle provoque Nathan Fawles pour essayer d’aller chercher en lui la raison mystérieuse de son renoncement à l’écriture. Mathilde est persuadée que résoudre ce mystère va éclairer les zones d’ombre de sa propre vie. Tout à sa recherche de transparence, elle ne mesure pas que les conséquences de cette vérité, « vivante et au visage changeant », pourraient bien se retourner contre elle.

Au lieu de La vie secrète des écrivains, le roman aurait pu s’intituler Le Prisonnier ou encore L’évasion, tant le rapport à la liberté est l’un des thèmes forts de l’histoire.


Oui, chacun des personnages se sent prisonnier d’une réalité ou d’un lieu et nourrit l’espoir de se libérer de cette oppression. Raphaël veut s’évader à travers la lecture et l’écriture, mais son évasion ne sera pas celle dont il rêvait. Nathan Fawles est prisonnier de l’île pour une raison que l’on ne révélera pas, comme il est prisonnier du succès de son premier roman. Quant à Mathilde, on découvrira qu’elle est prisonnière de son histoire familiale et de son désir de vengeance.
La quête de degrés de liberté est consubstantielle à la condition humaine. Il me semble que mes lectures m’ont appris que la quintessence de cette liberté est mentale. C’est la liberté de l’esprit, celle qui se déploie dans le territoire de l’intime et qui nous sert de rempart
intérieur. C’est cette vie secrète dont parlait García Márquez et dont Soljenitsyne remarquait qu’elle était le socle de notre liberté, car celle-ci « ne peut se bâtir que sur ce qu’autrui ignore de nos existences ».

La vie secrète des écrivains ne serait-il pas en fait un grand roman d’amour ?


Le manque d’amour, la recherche de l’amour et la peur de le perdre sont en effet les motivations conscientes ou inconscientes qui guident une bonne partie des comportements humains. Et ce, des plus vertueux aux plus condamnables. L’amour – sous toutes ses
formes – est donc la matière première de tous mes livres et celui-ci ne fait pas exception. Les comportements de Fawles et de Mathilde sont avant tout guidés par les sentiments. Comme d’autres l’ont dit avant moi : c’est toujours de l’amour dont nous souffrons, même
quand nous croyons ne souffrir de rien.
Mais si ce livre parle d’amour, c’est aussi de l’amour des livres. À travers le rapport à la lecture et à l’écriture que peuvent avoir Raphaël, Fawles et d’autres personnages, c’est mon propre rapport à la lecture et à l’écriture que j’interroge. Mon amour pour la forme
romanesque, et pour l’univers des livres qui a tant compté dans ma vie. À l’heure où l’on se désole du déclin de la lecture, ce roman est un éloge du livre qui reste pour moi, plus que jamais, l’instrument privilégié pour élargir notre vie intérieure. Dans une société
de l’immédiateté, saturée d’images et cannibalisée par la technologie, la plongée dans un roman nous permet, non pas forcément de nous échapper du monde, mais d’y revenir avec d’autres armes, une autre sensibilité et un regard que l’on n’aurait jamais eu sans cette expérience. Ni le cinéma ni la télévision ne rivaliseront jamais avec cette relation très intime, très personnelle et chimérique qui se tisse pendant la lecture entre ces deux inconnus que sont le lecteur et l’écrivain. Une relation qui défie le temps, l’espace et la mort.